Obligations fiscales

Prescription fiscale en France : délais et protection pour les non-résidents

Combien d'années la DGFiP peut-elle remonter pour contrôler vos obligations françaises ? Les délais de prescription et leurs exceptions, clairement expliqués.

Le principe de la prescription fiscale

La prescription fiscale est le délai au-delà duquel l'administration fiscale ne peut plus réclamer le paiement d'un impôt, effectuer un contrôle ni notifier un redressement. Ce délai, appelé "délai de reprise", est encadré par le Livre des procédures fiscales (LPF) et vise à donner au contribuable une certaine sécurité juridique.

Pour les non-résidents et les entreprises étrangères ayant des obligations en France, la prescription fonctionne selon les mêmes règles qu'en droit commun. Mais attention : le délai ne commence à courir que si les déclarations ont bien été déposées. En l'absence de déclaration, l'administration peut théoriquement remonter beaucoup plus loin, et le délai normal ne protège pas.

Prescription ≠ amnistie La prescription fiscale ne signifie pas que les obligations passées disparaissent. Elle fixe simplement la limite temporelle dans laquelle l'administration peut agir. Une régularisation spontanée reste possible et recommandée même pour des années récentes.

Délais selon les impôts concernés

Les délais de prescription varient selon la nature de l'impôt en cause. Voici les principales règles applicables aux non-résidents et entreprises étrangères.

Impôt concerné Délai de droit commun Délai étendu (fraude / omission)
TVA 3 ans (art. L. 176 LPF) 6 ans en cas de manœuvres frauduleuses
Impôt sur les sociétés (IS) 3 ans (art. L. 169 LPF) 6 ans (activité occulte, fraude)
Impôt sur le revenu (IR) 3 ans (N+1 à N+3) 6 à 10 ans selon la gravité
Droits de succession / donation 6 ans à compter de l'exigibilité Jusqu'à 10 ans en cas de fraude

Pour la TVA, le délai de reprise de 3 ans court jusqu'à la fin de la 3e année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible. Exemple : pour la TVA due en 2025, la DGFiP peut en principe agir jusqu'au 31 décembre 2028.

Cas d'allongement et d'interruption

Plusieurs situations peuvent allonger ou interrompre le délai de prescription, parfois de manière significative.

Allongement à 6 ans en cas de :

  • Manœuvres frauduleuses avérées (fausse déclaration intentionnelle, dissimulation)
  • Abus de droit fiscal (art. L. 64 LPF)
  • Activité occulte : aucune déclaration d'activité et aucun dépôt de déclaration
  • Omission grave révélée par une instance judiciaire ou par l'assistance administrative internationale

Allongement à 10 ans dans les cas les plus graves :

  • Avoirs ou revenus dissimulés dans des États non coopératifs (liste GAFI ou liste UE)
  • Infractions graves aux obligations déclaratives liées à des comptes bancaires étrangers non déclarés

Interruption et suspension : le délai de prescription est interrompu par tout acte de procédure de l'administration ayant force contraignante : proposition de rectification, avis de mise en recouvrement, mesures conservatoires. Il est suspendu en cas de procédure de conciliation ou de recours contentieux.

Le cas de l'activité occulte Si une entreprise étrangère n'a jamais déposé de déclaration de TVA en France alors qu'elle y réalisait des opérations imposables, elle est en situation d'"activité occulte". Le délai de reprise est porté à 6 ans, et l'administration dispose de pouvoirs d'investigation renforcés. Le risque de redressement est maximal.

Se protéger efficacement

La prescription fiscale n'est pas une stratégie de défense — c'est un filet de sécurité pour ceux qui ont rempli leurs obligations. Pour les non-résidents souhaitant se protéger des redressements, la meilleure approche reste la conformité proactive.

1. Régulariser les années ouvertes. Si vous avez des obligations TVA françaises non respectées, une régularisation spontanée sur les années encore prescriptibles (généralement les 3 dernières) est toujours possible. Elle permet d'obtenir une réduction significative des majorations.

2. Conserver les justificatifs au-delà des délais légaux. Même si une année est prescrite, conservez vos documents comptables pendant au moins 6 ans. En cas de litige sur des années ultérieures, les documents des années précédentes peuvent servir de référence.

3. Désigner un représentant fiscal dès le début de l'activité. Le représentant fiscal assure le suivi des déclarations, garantit leur dépôt dans les délais et sert d'interlocuteur pour l'administration. La prescription court dès lors que les déclarations sont régulièrement déposées.

Exemple concret Une société britannique a vendu des biens en France depuis 2021 sans jamais s'immatriculer à la TVA. En 2026, elle décide de se régulariser. Le délai de reprise étendu de 6 ans (activité occulte) permet à la DGFiP de rappeler la TVA depuis 2020. La régularisation spontanée, menée avec un représentant fiscal, permet d'obtenir la réduction des majorations de 40 % à 10 %, soit une économie substantielle.

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Questions fréquentes

Le délai de droit commun est de 3 ans à compter de l'exercice au titre duquel la taxe est due. Ce délai est porté à 6 ans en cas d'agissements frauduleux ou d'omissions graves. Il peut également être suspendu ou interrompu par tout acte de procédure de l'administration.
Pour l'IS, le délai de reprise est également de 3 ans en règle générale (exercice de réalisation du bénéfice + 2 suivants). Il est porté à 6 ans en cas de manœuvres frauduleuses, d'activité occulte, ou lorsque les obligations déclaratives n'ont jamais été respectées.
Oui. Une proposition de rectification, un avis de mise en recouvrement ou tout acte de procédure à caractère contraignant interrompt le délai de prescription. Un nouveau délai de même durée commence alors à courir. C'est pourquoi ignorer les courriers de l'administration est particulièrement dangereux.
La plus-value est déclarée et l'impôt perçu au moment de la vente par le représentant fiscal. Il n'y a donc généralement pas de prescription à gérer a posteriori. En revanche, si la déclaration a été déposée avec des erreurs, l'administration peut rectifier dans le délai général de 3 ans suivant l'année de la vente.

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