Obligations fiscales

Impôt sur les sociétés en France pour les entreprises étrangères

Votre société étrangère est-elle assujettie à l'IS français ? Découvrez quand l'impôt sur les sociétés s'applique, quelles sont vos obligations déclaratives et comment vous y conformer en 2026.

Principe de l'IS pour les sociétés étrangères en France

L'impôt sur les sociétés (IS) français est régi par le principe de territorialité : une entreprise étrangère n'est en principe imposée en France que sur les bénéfices qu'elle y réalise. Contrairement à certains pays qui taxent les revenus mondiaux, la France n'impose les sociétés étrangères que sur leur activité exercée sur le territoire français.

Ce principe est précisé à l'article 209 du Code Général des Impôts (CGI) et encadré par les conventions fiscales bilatérales signées par la France avec plus de 130 pays. Ces conventions définissent précisément les conditions dans lesquelles un État peut imposer les bénéfices d'une société résidente de l'autre État contractant.

Règle fondamentale Une entreprise étrangère n'est assujettie à l'IS français que si elle dispose d'un établissement stable en France, réalise des opérations formant un cycle commercial complet sur le territoire, ou effectue certaines opérations expressément visées par la loi française (revenus immobiliers, plus-values, etc.).

L'établissement stable : le critère central de l'assujettissement

La notion d'établissement stable est au cœur de l'assujettissement d'une entreprise étrangère à l'IS français. Elle désigne toute installation fixe d'affaires par laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité de manière durable sur le territoire français.

Constituent généralement un établissement stable :

  • Un siège de direction, bureau, succursale ou agence localisé en France
  • Une usine, un atelier ou un lieu de production installé durablement
  • Un chantier de construction ou de montage d'une durée supérieure à 12 mois (seuil pouvant varier selon les conventions)
  • Un agent dépendant résidant en France, qui conclut habituellement des contrats au nom de la société étrangère
  • Un entrepôt de stockage dont la société gère les commandes et les livraisons directement

En revanche, le simple stockage de marchandises, l'achat de biens ou la collecte d'informations à titre préparatoire ne constituent pas un établissement stable, sous réserve que ces activités ne forment pas un cycle commercial complet.

SituationÉtablissement stable ?IS applicable
Bureau permanent avec personnel salariéOuiOui, sur bénéfices attribuables
Entrepôt Amazon FBA (sans gestion directe)Généralement nonNon (TVA seule)
Chantier de 18 moisOuiOui
Agent indépendant en FranceNonNon
SCI française détenue par société étrangèreNon (entité distincte)IS sur revenus/PV immobiliers

Obligations déclaratives et de paiement en France

Lorsqu'une entreprise étrangère est assujettie à l'IS en France, elle doit respecter un ensemble d'obligations déclaratives auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE) compétent, généralement la Direction des Grandes Entreprises (DGE) pour les sociétés étrangères importantes.

Les principales obligations sont les suivantes :

  • Déclaration de résultats (formulaire 2065) : à déposer dans les 3 mois suivant la clôture de l'exercice. Elle détaille les bénéfices imposables en France attribuables à l'établissement stable.
  • Paiement de l'IS : par acomptes trimestriels (15 mars, 15 juin, 15 septembre, 15 décembre) calculés sur la base de l'IS de l'exercice précédent, puis solde à la clôture.
  • Retenue à la source : certains revenus versés à des sociétés étrangères (dividendes, intérêts, redevances, certaines prestations de services) peuvent faire l'objet d'une retenue à la source en France, dont le taux varie selon les conventions fiscales applicables.
  • Taxe de 3 % sur les immeubles : les entités étrangères détenant des immeubles en France sont soumises à cette taxe annuelle, sauf si elles déposent une déclaration (formulaire 2746) révélant leurs actionnaires.
Exemple concret Une société allemande ouvre un bureau commercial à Paris avec 3 salariés pour développer ses ventes en France. Ce bureau constitue un établissement stable. La société devra s'immatriculer auprès des services fiscaux français, déposer une déclaration IS annuelle et payer l'impôt sur la fraction des bénéfices mondiaux attribuable à l'activité française. La convention franco-allemande déterminera le partage de l'imposition entre les deux pays.

Cas particuliers : SCI étrangère, holding et e-commerce

Certaines structures étrangères sont soumises à des régimes IS spécifiques en France, indépendamment de la notion d'établissement stable.

SCI et sociétés à prépondérance immobilière : une société étrangère dont l'actif est principalement constitué de biens immobiliers français est considérée comme une société à prépondérance immobilière. Les plus-values réalisées lors de la cession de ses parts sont imposables en France, même si la société n'a pas d'établissement stable. Elle est également soumise à la retenue à la source de 33,1/3 % (taux réduit conventionnel possible).

Holdings étrangères : une holding étrangère percevant des dividendes de filiales françaises peut être soumise à une retenue à la source en France sur ces revenus. Le taux légal est de 30 %, réduit selon les conventions fiscales ou la directive mères-filiales pour les holdings européennes.

Vendeurs e-commerce et stockage : un vendeur étranger stockant des marchandises en France via un prestataire logistique tiers (3PL) ne constitue généralement pas un établissement stable. Ses obligations fiscales se limitent à la TVA française. En revanche, s'il gère directement un entrepôt avec du personnel, la question de l'établissement stable se pose.

Vigilance : la requalification en établissement stable L'administration fiscale française est vigilante sur les montages visant à éviter la constitution d'un établissement stable (filiales artificielles, agents dits "indépendants" qui ne le sont pas réellement). Une requalification peut entraîner un redressement fiscal portant sur plusieurs années, majoré des pénalités et intérêts de retard.

Pour sécuriser votre situation, notamment si vous disposez d'une présence commerciale en France, il est recommandé de consulter un professionnel accrédité. Les représentants fiscaux accrédités par la DGFiP peuvent vous orienter ou vous mettre en relation avec le conseil fiscal adapté à votre situation.

Questions fréquentes

En règle générale, non. L'impôt sur les sociétés français ne s'applique qu'aux bénéfices réalisés par l'intermédiaire d'un établissement stable ou d'une exploitation habituelle en France. Sans présence permanente, les bénéfices restent imposables dans le pays de résidence de la société.
Un établissement stable est une installation fixe d'affaires (bureau, usine, chantier de plus de 12 mois...) par laquelle une entreprise étrangère exerce tout ou partie de son activité en France. La présence d'un agent dépendant qui conclut habituellement des contrats au nom de la société peut également constituer un établissement stable.
Le représentant fiscal accrédité est principalement mandaté pour les obligations TVA. Pour l'IS, les obligations déclaratives relèvent d'un conseil fiscal ou d'un expert-comptable. Toutefois, certains représentants fiscaux proposent un accompagnement global incluant l'IS, notamment pour les SCI étrangères ou les holdings.
L'absence de déclaration d'IS alors que l'entreprise dispose d'un établissement stable en France expose à des pénalités de retard (10 % à 40 % des droits), des intérêts de retard (0,20 % par mois), et potentiellement une procédure de redressement contradictoire. Le délai de prescription général est de 3 ans, porté à 10 ans en cas de fraude caractérisée.
Oui, sous certaines conditions. Une holding étrangère détenant des biens immobiliers en France peut être assujettie à l'IS français sur les revenus ou plus-values immobilières françaises, notamment via les règles des sociétés à prépondérance immobilière. Elle peut également être soumise à la taxe de 3 % sur la valeur vénale des immeubles si elle ne satisfait pas aux obligations déclaratives.

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